[Cannes 2012] Paradis : Amour

Paradis Amour

Avec ses précédents films, l’Autrichien Ulrich Seidl avait déjà entamé une exploration de la part crasseuse de l’homme (et de la femme). Il entame ici une trilogie sur les femmes, trois femmes en particulier de la même famille qui passent leurs vacances seules de manière assez singulière.

Teresa est une mère célibataire tiraillée entre un travail émotionnellement pesant et l’ingratitude de sa fille en pleine adolescence. Pour s’offrir une parenthèse dorée, elle s’envole pour un hôtel club au Kenya où elle découvre un monde où son vide affectif peut être monnayé avec quelques billets.

Ulrich Seidl est le cinéaste de la misère humaine, une misère autant sociale que physique ou intellectuelle. Avec un plaisir non dissimulé, il nous dresse depuis ses deux précédentes œuvres un portrait de l’humanité débarrassée de ses barrières d’apparences. Le constat est alors terrible. Entre racisme ordinaire, accès colonialistes qui refont vite surface, mépris des cultures, le film est un bilan sans fards de la solitude extrême de ces divorcées ou célibataires entre deux âges dont le physique marque le poids des années.

Comme une signature, les corps de Seidl sont lourds et suintants, patauds et jamais séduisants. La sensualité est souvent empreinte de ridicule et la sexualité théâtre d’injustices. Pourtant ce qui fait sa force et son ambiguïté, et qui dérange une grande partie des spectateurs, c’est un humour noir sans tabou qui noie parfois le propos derrière une trop grande froideur.

Cinéaste maniaques aux plans fixes millimétrés et souvent composés en miroir, Ulrich Seidl est assume et impose son style unique au fur et à mesure de ses œuvres sans jamais qu’elles se contredisent… le portrait est édifiant mais tellement juste, l’homme est au moins aussi cruel que ses personnages.

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