Gran Torino

Je ne cache jamais que je ne suis pas la plus grande fan de Clint Eastwood qui soit, en tant qu’acteur ou réalisateur. C’est peut être une question de génération… en tout cas je respecte le monstre sacré du cinéma qu’il est devenu et la carrière fleuve qu’il a construite. J’ai donc rechigné au premier abord à voir Gran Torino. Pour, comme toute fille qui se respecte, changer d’avis et tenter le coup principalement à causes de critiques plus élogieuses.Et forcément, j’ai pris une claque.
Le premier à juger de la valeur de sa carrière, du personnage qu’il s’est forgé et même de son grand âge c’est Clint Eastwood. On retrouve donc ici ce vieux mec froid et bourru dont on a l’habitude mais avec un petit second degré en plus. Comme si la patine des années avait rendu le vieux aigri et cynique mais toujours apte à voir la beauté là où elle est, que ce soit dans une vieille bagnole cachée sous une bâche de protection ou dans les traditions de ses voisins… Je comprends donc que trop de bons sentiments (même si ce n’est pas du tout mielleux) ont agacé certains, mais c’est à la fois une leçon de sagesse (et si on ne la prend pas de Clint, 78 ans, de qui on la prendra , je vous le demande) et une page tournée sur une carrière et une image (tout le coté Inspecteur Harry).
Car en effet, Clint a annoncé que Gran Torino serait son dernier rôle au cinéma (mais pas sa dernière réalisation… heureusement) et j’ai envie de dire que c’est aussi ce qui donne la force à son interprétation (jubilatoire) et à la fin du film (chuuuutt…). Mais la vérité c’est que j’ai eu les larmes aux yeux deux fois et que ça ne m’arrive pas souvent. Alors que vous soyez fan ou pas, n’hésitez pas et appréciez à sa juste valeur cette leçon de vie, de tolérance et de cinéma.
Sortie sur les écrans le 25 février 2009


Commentaires : 3
Crois bien que ça m’embête profondément de ne pas avoir adoré ce film comme la majorité. je n’y ai vu que schématisme et retour aux valeurs douteuses qui faisaient le succès de Clint dans les 70′s.
Peut-être que je déprime, en fait. Ça expliquerait pourquoi, de Noces rebelles en Benjamin Button, je suis déçu, surdéçu et redéçu en ce début d’année.
Bon, c’est peut-être pas le meilleur endroit pour commencer une psychanalyse.
@tomsias : je partage largement votre point de vue sur Benjamin Button..
Gran Torino est un beau film. Reste à savoir si les valeurs qu’ils proposent sont des valeurs réactionnaires. Je n’en suis pas sûr, il s’agit des valeurs d’une Amérique cosmopolite mettant au coeur du système l’individu, son courage, sa pugnacité, son talent, et la culture du « tout est possible ». Alors bien sûr, il y a des éléments dérangeants comme le patriotisme forcené au début du film (drapeau américain, référence à la guerre de Corée, puritanisme religieux) ou la circulation aisée des armes à feu. Mais le film, qui se veut par divers aspects, leçon de vie et chemin vers la rédemption morale, touche juste à plusieurs reprises et de fait, s’avère aussi drôle que touchant.
Il est intéressant de voir comment les réalisateurs américains se replongent, directement ou pas, dans un passé dont l’esthétique attire. D’un panorama de l’histoire américaine dans Benjamin Button (film plat et sans saveurs) aux années 1950 pour Revolutionnary Road (Les Noces Rebelles) – même si ici, les années 1950 ne sont qu’un prétexte pour la déclinaison du « couple contemporain et ses tensions » -, il y a quelque chose de symptômatique d’une Amérique qui ne regarde plus en avant…